Nutella grand acropâte
Nutella n'engraisse pas seulement son propriétaire, la
société Ferrero. La pâte à tartiner engraisse aussi plus de 13%
d'enfants qui, en France, le consomment en trop grande quantité. En
cause: la présence dramatiquement élevée d'huile de palme, responsable
de dysfonctionnements cardio-vasculaires. Un risque confirmé par tous
les chercheurs que nous avons sollicités.

Cette semaine, pour la chandeleur, le groupe italien Ferrero (1,06
milliards d’euros de chiffre d’affaires en France) soigne sa promo en
organisant dans plusieurs villes de France des distributions de crêpes dégoulinantes de Nutella, son produit phare.
L’opération de com’ vient après des moments difficiles causés par
quelques scientifiques revêches, dénonçant les risques que ferait peser
sur la santé des enfants et des adolescents la consommation quasi
addictive de Nutella. Début janvier, le groupe a réagi par un communiqué de presse
tentant d’atténuer ces critiques. Selon Ferrero, si 38% des enfants en
France mangent du Nutella, la grande majorité d’entre-eux ne dépasserait
pas les cinq tartines par semaine.
Dommage
Pour rassurer les familles, Ferrero se fonde sur des donn&eacuhref="http://www.credoc.fr/" target="_blank">Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie
(Credoc) ; elles-mêmes vieilles de onze ans. Elles ont été collectées
en 1999 auprès d’un panel de 3 000 individus lors d’une étude sur les
comportements alimentaires. Au Credoc, un porte-parole nous répond,
étonné :
Nous ne faisons pas d’études ciblées sur un produit en
particulier. Mais réalisons de grosses études sur le comportement des
français.
Comprendre : aux acteurs de l’agro-alimentaire ensuite d’acheter les
interprétations des résultats du Credoc qui les intéressent, et de
présenter les chiffres à leur manière. Ce que le directeur de la
communication de Ferrero, que nous avons contacté, ne dément pas. D’un
point de vue nutritionnel, le problème n’étant pas les petits
consommateurs mais les plus grands, un chercheur du Credoc qui préfère
demeure anonyme souligne :
Dommage que Ferrero n’ait pas communiqué davantage sur la
consommation supérieure et le maximum de cette consommation supérieure
[la tranche des enfants qui en mangent de grandes quantités, soit, en
France, 13% des enfants qui en consomment]
Pour Béatrice de Reynal, nutritionniste, la dépendance au Nutella
décrite par certains n’existe pas vraiment. Bien que, selon elle, il
existe :
Des fans d’autant plus fans qu’ils ont été nourris avec
[du Nutella] tôt dans l’enfance (…) Les saveurs de l’enfance sont
imprimées durablement dans le cerveau comme étant les référents de ce
qu’il y a de mieux ! Mais prétexter que les enfants consomment seulement
une tartine par jour est un peu provocateur. Ils prétemmandée sur 30 g de pain est 15 g de Nutella… Je vous mets
au défi de trouver des adolescents qui ne mettent que 15 g de Nutella
sur du pain.

Mets de l’huile
Or, pour cette population de gourmands, le Nutella fait courir des
risques avérés sur la santé. Ceux-ci sont officiellement reconnus depuis
mars 2010. Lorsque l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail(ANSES) a pris la décision de déconseiller la consommation d’huile de palme. Pour l’agence :
Les lipides ont des effets bénéfiques sur la santé à
condition de diversifier les apports en graisses végétales et animales
pour respecter l’équilibre des apports entre les différents acides gras.
À l’exception de l’huile de palme (très riche en acide palmitique et
présente dans de nombreux produits manufacturés), il est conseillé de
consommer et de diversifier les huiles végétales (les huiles de colza et
de noix sont les sources principales d’acide alpha-linolénique).
Et le Nutella c’est de l’huile de palme pure à 30%. Même si rien ne
l’indique sur l’emballage, qui fait référence à une “huile végétale”. Le
service consommateur de Ferrero nous l’a confirmé. Annonçant :
Entre 20 et 30% d’huile de palme et entre 20 et 30% de
sucre. Mais vous donner la composition exacte trahirait le secret de
fabrication.
Contre 13% de noisettes, 7,4% de cacao et 6,6% de lait. De quoi
relativiser l’argument marketing sur les besoins nutritionnels des
enfants. Et alors que les industriels de l’agro-alimentaire ende la composition de leurs produits, Ferrero
explique, lui, qu’il ”est impossible de remplacer l’huile de palme, responsable de la texture du Nutella”.
L’huile concernée est en effet quasi solide à température ambiante
contrairement aux autres huiles. Le risque, désormais connu, est donc
consubstantiel du produit.

Du côté des scientifiques, il n’y a plus de place pour le doute.
Vincent Arondel, chargé de recherche et responsable de l’équipe
Métabolisme des lipides de réserve au Laboratoire de biogénèse
membranaire de Bordeaux explique :
La seule chose que l’on reproche à l’huile de palme est
sa haute teneur en acide palmitique, un acide gras saturé avec 16
carbones, connu pour être un des facteurs qui augmente le mauvais
cholesterol (LDL) dans le sang et donc les risques de maladies
cardiovasculaires.
Ferrero soutient dans sa communication que les acides gras saturés se
consomment aussi dans la viande (contenant, elle, des protéines
indispensables à la croissance des enfants, contrairement au Nutella).
Mais selon le chercheur l’huile de palme contient 40 à 45% d’acides gras
saturés contre 25-30% dans la viande de boeuf.
Georges Ngando, chercheur à l’université de Bordeaux et actuellement
au Centre spécialisé de recherche sur le palmier à huile du Cameroun
renchérit :
Plusieurs études ont établi depuis longtemps le lien
étroit existant entre une alimentation riche en acides gras saturés et
la prévalence de taux sériques élevés de (“mauvais”) cholestérol LDL
(Low Density Lipoprotein), ainsi que l’émergence des maladies
cardio-vasculaires. De ce fait, lesent en
Europe et Amérique, encouragent la consommation des huiles riches en
acides gras insaturés pour une alimentation saine et équilibrée, au
détriment de l’huile de palme.
L’huile de palme est l’oléagineux le plus productif à l’hectare et ,
pour cette raison, la première huile au monde en volume de production.
Il y a quelques semaines, pendant que Nutella organisait des petits-déjeuners et goûters de Noël gratuits dans le centre de Paris, un rapport du WWF venait d’épingler Ferrero. Selon l’ONG, l’entreprise utilise trop d’huile de palme “non durable” dans ses produits.
Illustrations par Loguy pour Owni.fr